Les mots du corps encore... avec Michèle Freud

Paru dans "Modes et Travaux"

Tensions musculaires, lombalgies, migraines, colites, psoriasis, dérèglement hormonal... Et si, tapi derrière tous ces maux, se cachait un mal être profond ?

Caroline, 38 ans, se plaint depuis huit mois de douleurs viscérales. « La première crise s'est déclenchée après une journée de bureau plutôt banale. Un antalgique a suffi à calmer la douleur », se souvient cette mère de trois enfants. Mais, rapidement, spasmes et irritations se sont enchaînés, « une ou deux fois par semaine ». Suivie par son médecin généraliste, elle ne constate pas d'amélioration significative. Le mal continue à la tenailler.

On l'affirme souvent, le ventre est le siège des émotions. Jean-Michel Rabeux, metteur en scène et auteur, a d'ailleurs donné le rôle titre d'une pièce à cet organe : « Le ventre est souvent méprisé par l'esprit, pourtant, le cerveau est la femelle du ventre qui porte la douleur de j'homme et cristallise ses tourments ».

Et si les troubles intestinaux de Caroline révélaient un désarroi, une angoisse refoulée?

Quand le corps exprime nos silences

Quand nous vivons une émotion forte (peur, stress, colère...), nous avons parfois du mal à l'exprimer de vive voix. Nous éprouvons de la réserve, voire de la gêne, à mettre des mots sur nos maux. Consciemment ou pas, par commodité ou pas, Caroline aurait-elle choisi de dissimuler ses émotions, de les négliger, ou de les nier? Son inconscient n'aurait eu alors d'autre choix que de s'emparer de son corps, d'en faire son otage, pour crier une détresse enfouie. Il aurait utilisé en quelque sorte un subterfuge, une ruse (à peine) dissimulée : le langage corporel.

Quand l'âme est bâillonnée, c'est le corps qui parle, résume Michèle Freud, psychothérapeute. Les maux du corps viennent dire tout haut ce que nous éprouvons tout bas. Ce qui est réprimé s'exprime par le corps qui se fait l'écho de ces silences. C'est le principe de la somatisation.

D'ailleurs, n'avons-nous pas coutume d'employer des expressions qui associent notre état émotionnel à notre santé physique : «En avoir plein le dos », « se prendre la tête », ou « se faire de la bile » ?

Quand le symptôme s'installe

Faut-il pour autant décortiquer chaque symptôme pour lui trouver une motivation psychologique? Absolument pas ! Une douleur n'a pas systématiquement une origine psychique. Elle résulte souvent d'un dysfonctionnement organique ou mécanique. Mais un symptôme doit attirer l'attention quand  il est récurrent ou survient de manière fulgurante :

Sciatique, lombalgie, colite, allergie, migraine. .. « L'angoisse se traduit à trois niveaux : une inflammation cutanée (psoriasis, eczéma,. .), une fragilisation au niveau de l'intestin ou un dérèglement hormonal (thyroïde, ovaires. . .). Dans les cultures orientales, différents courants de pensée établissent un lien entre les régions du corps en souffrance, les émotions qu'elles contiennent et les messages psychiques transmis par l'inconscient. En Asie, la colonne vertébrale est appelée « arbre de vie ». Elle symbolise l'équilibre, sans lequel nous ne pouvons tenir debout. Le mal de dos dénote ainsi une instabilité physique et intérieure écrit encore Michèle Freud

Dis-moi où tu as mal...

Pour Michel Odoul, , fondateur de la phyto-énergétique, cité par Michèle Freud dans son dernier ouvrage, la zone du corps meurtrie a aussi un sens., il établit une sorte de grille de lecture pour décoder les langages du corps par régions (genou, intestin grêle, cheville, hanche...).

Mais il se garde bien de lister des significations péremptoires pour chaque douleur : « Les souffrances ou blessures que nous vivons sont des messages émis ·par notre inconscient. Comme dans les rêves, les signes  qu'il nous envoie sont toujours symboliques. Nous pouvons donner des axes de réflexion, des cadres de signification et non des sens précis et valables pour tous ".

Selon lui, une acné (sur le visage) à l'âge de 35 ans met sans doute en lumière un problème d'identité (comme à l'adolescence), une difficulté à affirmer sa valeur en société ou en privé. Une myopie soudaine dévoilerait une crainte de se projeter dans l'avenir. Les migraines parlent, entre autres, de notre difficulté à laisser place au plaisir simple de la vie. À condition qu'elles soient considérées dans une approche plus globale (psychologique, émotionnelle et physiques), ces indications symboliques aident à exorciser des démons cachés, à faire la paix avec un passé douloureux,

Il est bon de consulter

Comment, alors, se débarrasser d'un mal dont la médecine traditionnelle ne vient pas à bout ? Une psychothérapie est tout indiquée, car elle  ne traite pas la maladie, mais l'individu dans sa globalité.

En permettant au patient de prendre conscience de ce qui le taraude au plus profond et le fige (physiquement), le psy l'aide à apaiser ses tensions.

Progressivement, il lâche prise et se libère de ses blocages émotionnels. Cette approche utilise le processus créatif (théâtre, musique, arts plastiques...) et s'appuie sur le langage symbolique. La sophrologie se sert de la respiration et de la visualisation pour redécouvrir son corps sous l'angle des sensations. C'est une sorte de thérapie corporelle qui améliore l'image de soi et libère en douceur les tensions.

Quelle que soit son origine (stress, passé douloureux, recherche identitaire.. .), la maladie peut offrir l'occasion de se remettre en question, de s'interroger sur son évolution, de prendre soin de soi en apprenant à écouter son corps. Elle aide à rectifier une trajectoire, à expérimenter un nouveau chemin de vie,  note aussi Michèle Freud. Bref,  à vivre mieux...

Le stress, ennemi n° 1

Le stress est la source de bien des maux: troubles digestifs (en particulier intestinaux), douleurs cervicales, dentaires (contractions des muscles de la mâchoire}... Pourquoi?

Face à une situation inhabituelle qu'il juge dangereuse, l'organisme se met en alerte. L'hypothalamus réagit au signal d'alarme en produisant des réactions en chaîne: accélération du rythme cardiaque, montée d'adrénaline, augmentation du débit sanguin...

A ce stade, le stress est une réaction physiologique normale et positive : il permet de surmonter une difficulté avec panache et discernement.

Il dope ! Mais, quand l'événement déborde notre capacité à faire face, le psychisme « perd les pédales et s'emballe ».  Le cerveau, dépassé par les émotions et tensions, se décharge sur nos organes et les émotions imprègnent nos fibres. La conscience  n'a pas d'autre choix que d'inscrire la douleur dans le corps, précise Michèle Freud, psychothérapeute. Le stress s'installe, et d'autres substances chimiques entrent en jeu, comme les corticoïdes, qui peuvent perturber notre corps. La relaxation (shiatsu, sophrologie...) ou une approche thérapeutique (de type psychanalytique) permettent de soulager les tensions et de lever les blocages.

TEMOIGNAGES et réponses de Michèle Freud

Catherine, 42 ans, directrice, divorcée.

Depuis deux ans, j'ai constamment mal au dos. J'ai d'abord pris des anti-

inflammatoires... En vain. Le mal s'est rapidement propagé jusqu'aux lombaires. « Parfois, je ne parviens même plus à me lever ».

Après consultation, les radios n'ont rien décelé... Au bureau, le stress quotidien n'arrange pas mes affaires. Je travaille près de dix heures par jour et je ne conçois pas de quitter le bureau sans avoir bouclé mes dossiers; J'ai besoin d'être appréciée pour mes compétences et ma loyauté envers mon patron. C'est vrai, personne ne m'attend plus à la maison... J'ai beau me répéter d'être zen, je n'y arrive pas. « J'en ai plein le dos. »


L'avis de l'experte : le manque de « tenue intérieure» de Catherine dénote une insécurité de vie. Ses tensions au niveau des épaules symbolisent une colère (refoulée), tandis que ses douleurs dans le bas du dos soulignent une peur. Son ras le bol est double, Catherine a besoin d'une reconnaissance professionnelle, elle est sans doute aussi en colère contre son ex-mari, mais aussi contre elle-même, car elle est dépassée par les événements. La sophrologie peut l'aider, par la respiration et la visualisation, à se recentrer sur elle-même, à se réapproprier son corps, pour l'aimer de nouveau, et enfin l'offrir à un nouvel homme.

Exercice facile pour évacuer la colère :

Tracez mentalement un cercle devant vous. Placez-y symboliquement votre colère. Inspirez et pliez le bras droit vers l'arrière, poing fermé. Retenez l'air un court instant, puis expirez fortement en projetant votre bras vers l'avant, comme pour donner un coup de poing. Poussez un cri libérateur, si besoin.

A faire 3 fois avec le bras droit, 3 fois avec le bras gauche, et 3 fois avec les deux bras.

Typhaine, 33 ans, directrice  marketing

« Dans le cadre de mon job, depuis trois ans, je me déplace souvent. A chaque fois que je change d'air, c'est la même  rengaine: j'ai des soucis de constipation. J'ai tout essayé: les pruneaux, les gélules, les massages... Rien n'y fait. En vacances, c'est insoutenable: en 15 jours, je ne vais à la selle que 2 ou 3 fois... J'en deviens irritable. Le pire, c'est que dès que je franchis le seuil de ma porte, je cours illico me soulager. Je me demande si ce n'est pas psychologique. Je ne comprends pas : j'al pourtant l'habitude d'être loin de chez moi. ·

L'avis de l'experte : Aller à la selle est un rituel. Chaque individu a ses habitudes (horaires, lieu...). Briser ce rituel, c'est perdre ses repères.

En cela, c'est déjà psychologique. Mais l'origine est parfois plus subtile.

La constipation symbolise la retenue, le refus de lâcher prise. En terrain inconnu, Typhaine ne parvient peut-être pas à se libérer; à dévoiler sa personnalité. Elle retient une part d'elle-même, par peur de l'autre, de décevoir ou d'être en conflit. Elle doit s'interroger sur son état émotionnel  pendant ces périodes : est-elle sur la réserve?

Doit-elle faire des efforts pour aller vers l'autre?

Exercice facile pour favoriser le transit:

Debout, les jambes légèrement fléchies, on bloque sa respiration et on pousse le ventre vers l'avant, puis vers l'arrière, une dizaine de fois de suite.

À pratiquer 3 minutes par jour (déconseillé pour les sujets spasmophiles)

Interview de Stéphanie Marécaux pour Modes et Travaux


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